Et maintenant il ne faut plus pleurer — Linn Ullmann

Mailund, petite ville de villégiature en Norvège. Une adolescente de 19 ans est retrouvée, enterrée dans la proche forêt. Elle est découverte par trois jeunes à la recherche de leur trésor enfoui près d’un arbre.

Mille, une beauté lunaire – j’ignore, à mon grand regret, ce qu’est ce type de beauté – a été violée, tuée. Elle était chargée de garder les enfants de Siri Brodal, restauratrice, pendant l’absence de celle-ci. Alors que Jon, son mari, se réfugie tous les jours à l’étage afin d’écrire le troisième volet de sa trilogie. Sa disparition intervient lors d’une fête organisée à l’occasion des soixante-quinze ans de la mère de Siri, Jenny.

Un thriller norvégien, de Linn Ullmann, ou l’action cède la place à l’introspection de chacun, face à ses doutes et ses angoisses.
Où la grande question : « Qu’ai-je fait de ma vie, au juste ? » triture les méninges de tous les intervenants de ce livre.
Où les secrets de famille et les non-dits, présents à chaque instant, nous laissent subir une grande pesanteur et une indicible détresse…

Une impression ressentie, lors d’un film d’Igmar Bergman: « Sonate d’automne »…L’importance des regards, le silence des paroles nous invitent à la réflexion sur notre propre existence.

Certes, « Et maintenant il ne faut plus pleurer », ravira plus les adeptes du thriller psychologique que ceux du polar.

Bondrée — Andrée Michaud

Avec « Bondrée », j’ai eu l’impression de lire un – Polar environnemental -, en effet, l’action se passe à la frontière du Maine et du Canada. Près du lac Boundary Pond – d’où d’ailleurs le titre du livre- ; et se révèle être un sanctuaire pour la faune et la flore.

Un lieu hors du temps, avec le vol de plongeon huards, au-dessus des forêts d’épinette noire. Un lieu privilégié pour la chasse à l’ours noir par les habitants de cette contrée. Bref, forêts, lacs y sont le dénominateur commun de ce paradis…

Paradis, hum, j’en doute, lorsqu’ une jeune fille, Elisabeth – Zaza – Mulligan, fut retrouvée prise par un piège à ours. Bientôt suivi, de l’amie de Zaza, Sissy Morgan, dans les mêmes conditions. Pour le vieillissant inspecteur-chef : « l’horreur qu’il avait sous les yeux ne pouvait relever d’une simple coïncidence ». Innocentes, sans doute, elles l’étaient, mais : « des aguicheuses, des intrigantes qui perturbaient l’ordre moral de Boundary ».

L’inspecteur-chef Stan Michaud (clin d’œil), avec l’aide de son adjoint, Jim Cusak, va devoir non seulement résoudre ces deux crimes, mais aussi éviter la découverte d’autres victimes. La population et le gouverneur, réclament d’ailleurs rapidement, la tête de l’auteur de ces abominables tueries.

Il paraît évident que le criminel, fait partie de la communauté installée autour du lac, mais lequel ? Et pour quels motifs ?
Sujet éminemment d’actualité…

Une progression de l’intrigue, lente, comme le vent dans les feuillus et les résineux ; une recherche approfondie de la psychologique des personnages comme le doux murmure des huards qui caresse le lac de leurs ailes. Un langage, parfois, où se mêle des expressions anglaises et québéquoises.

Bref, s’évader de nos milieux urbains, et trembler, dans les brumes, parfois inquiétantes, des sombres forêts…

En ton âme et conscience — Claire Norton

Triste date, pour Evan, le 17 août 1989, sur les quais du port de Palm Beach. Sa jeune sœur Kelsie et lui veulent regarder le va et vient des bateaux ; quand soudain, un inconnu, la kidnappe ; et lui reste apeuré et tétanisé…

25 ans plus tard, devenu chirurgien, il garde toujours, la culpabilité du survivant, de n’avoir pas réagi, à cette époque. Depuis, Il mène une vie calme, stéréotypée et sans beaucoup de lien avec sa mère, qui n’accepte pas ce drame.

Début guère tonitruant, mais un sujet malheureusement traité régulièrement par les médias. Mais Claire Norton, introduit alors, un « joker », nommé Casper. Celui-ci, jeune garçon, lui annonce que sa sœur est vivante ! Comment le sait-il ? Et qui est-il pour remuer de sombres souvenirs, qu’Evan souhaite enfouir au plus profond de sa mémoire ?

Commence alors, une course poursuite, pour retrouver sa sœur. En effet, Casper lui révèle être, une « transposition » d’un homme âgé dans un profond coma, en sa représentation lorsqu’il était un jeune garçon.

Il n’est pas question, pour moi, d’aller plus loin…L’auteure nous entraîne dans une course folle, avec une description médicale pertinente. Et surtout laisse surgir beaucoup d’émotions et d’empathie dans ses personnages. Avec de multiples interactions dans les rapports humains : la détresse morale, la recherche du bonheur, le don de soi, l’acception de l’altérité, ne peuvent laisser insensible face à ce roman.

« Mais, si tu m’apprivoises, nous aurons besoin l’un de l’autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde. »Antoine de Saint-Exupéry

Claire Norton nous ouvre la porte de la métaphysique, et laisse à chacun le choix, « En son âme et conscience ».

Meutres à Willow Pond — Ned Crabb

Le Maine – Etats-Unis – , un paysage couvert de forêts, de marais et de vastes étendues, dont le domaine de la pêche représente une part essentielle du tourisme. Un paradis de la nature, avec ses lacs, ses plongeons huard, et surtout le black-bass, prisé des pêcheurs pour sa combativité.

Bien, voici planté le décor, que Ned Crabb (j’évite le jeu de mots facile), va nous entraîner. Idyllique, n’est-ce pas ! Un roman noir, avec une évocation, entre autres, pour le moins à peine voilée, du livre « Des petits nègres » d’Agatha Christie.

Un huis clos, qui déchaînera non seulement les foudres de la nature mais également celle des hommes ! Avec pour moteur habituel, le leitmotiv habituel des causes pour le policier, à savoir : l’amour bien sûr, la cupidité, la luxure…

Peu de surprises, par conséquent, sur les actions des uns et des autres ; où chaque personnage porte sa « croix ». Reste le couple Godwin, qui représente le fil rouge et nous apporte un peu de candeur et de sagacité.

Trop d’archétypes dans ce roman m’ont juste permis d’aller chercher la solution et de m’envoler dans le paradis de cette grandiose Nature ; qui jamais n’aurait dû être défloré par l’espèce humaine.

Le chant des plaines — Kent Haruf

Avec, « Le chant des plaines », nous entrons dans une autre dimension ; celle où l’on écoute le silence, les trilles des passereaux, le murmure du ru, et le voyage des nuages aux confins des plaines. Un focus sur le monde agricole du Colorado, dans la bourgade de Holt, une autre vie, un autre rythme, une échelle des valeurs humaines différente nous envahie ; et je dois dire, qu’au début de ce roman, c’est moi qui était perdu ; avant de me fondre dans ce récit.

Une jeune fille, Victoria Roubideaux, se trouve enceinte, à l’âge de 17 ans ; son ami l’a quitté. Sa mère n’acceptant pas cette situation décide de la chasser du domicile.

En parallèle, Tom Guthrie, professeur vit avec ses deux jeunes enfants : Ike et Bobby. Et la mère de ceux-ci, dépressive est retournée chez sa sœur à Denver.

Enfin, les représentants de ce monde rural, les frères McPheron, qui vont, en vertu d’une compassion innée, apporter des solutions pour Victoria et indirectement à Tom.

Le style de Kent Haruf, surprend de prime abord, les conversations intégrées dans le texte, sans ponctuation ; une vue à la troisième personne, par moments.

Un plaisir devenu indicible au fur et à mesure de ma lecture ; avec un retour à l’essentiel, l’entraide, la patience et l’amour du prochain. Une magistrale thérapie apportée à notre monde stressé.

Le saut de l’ange — Lisa Gardner

New Hampshire, en pleine forêt, une femme ensanglantée – Nicky – arrête un automobiliste, afin que celui-ci recherche avec elle, sa fille Vero. En effet, elle vient avec son véhicule, de réaliser « un vol plané de toute beauté » dans le contrebas de la route.

Point de départ d’une intrigue psychologique de grande ampleur. En effet, avec son mari, Thomas Franck, ils partent à la recherche de leur fille…Et ne la trouvent pas, malgré l’aide des services de police !

D’autant que, le sergent Wyatt Foster avec l’aide de Tessa Leoni, apprennent que Nicky a déjà subi 2 autres accidents, et reste sous l’emprise de commotions cérébrales.

Cet enfant existe-t-il ?

Résoudre cette énigme, semble facile, a priori, mais Lisa Gardner, nous « invite » dans de multiples chausse-trappes ; où, il convient de l’admettre, il est bien facile d’y tomber…

Ce thriller, met en exergue, le suivi des tourments et des vicissitudes de cette femme, et nous obligent à une attention soutenue de tous les instants ; afin selon notre propre personnalité, de l’entourer de notre empathie ou de notre incompréhension.

La valse des arbres et du ciel — Jean-Michel Guenassia

Après notamment, Le club des incorrigibles optimistes, Jean-Michel Guenassia, nous invite, dans l’univers de la peinture. Avec comme artiste peintre, l’un des plus grands, Vincent van Gogh.

Et plus précisément, dans les 70 derniers jours de sa vie, à Auvers-sur-Oise. Ainsi, il s’installe dans une petite chambre de l’auberge Ravoux ; où il sera sous la tutelle médicale du docteur Gachet, chargé de maîtriser et juguler l’instabilité mentale du peintre.

Nous entrons maintenant, dans une hypothèse quant à la relation que la fille du « bon » docteur, Marguerite, qui souffre et étouffe de la mainmise de son père, sur son avenir. Marguerite a 19 ans et envisage de partir aux Amériques afin d’échapper à un mariage d’argent convenu par son père.

Moments d’espoir et d’opportunité, pour Marguerite, de la rencontre avec Vincent, qui a le double de son âge. Elle tombe éperdument amoureuse de celui-ci et se veut être son esclave. Sentiments guère partagé par le peintre, qui ne vit et ne rêve que par et pour la peinture.

Jusqu’au moment fatidique de sa mort, d’un coup de révolver. Et Jean-Michel Guenassia, nous offre avec beaucoup d’empathie une possible hypothèse à ce drame, sur lequel plane toujours l’incertitude…

D’une écriture souple et agréable, ce roman se lit, avec beaucoup de suspense. Et ressentons, les multiples couleurs, du jaune flamboyant au bleu intense, ainsi que des volutes exubérantes, que Vincent, jusqu’au bout a voulu retranscrire.

Thérèse Raquin — Emile Zola

Paru en 1867, le livre, Thérèse Raquin, fut dès sa sortie, qualifié de « littérature putride »…Cette tragédie créée avant la série des Rougon-Macquart, évolue dans un huis clos avec peu de personnages.

Nous trouvons, dans ce roman, le triangle infernal, porté au paroxysme : de l’épouse, du mari et de l’amant. Où les participants à l’adultère sont dominés par leurs pulsions, laissant, dans un premier temps, libre cours à leurs désirs. Pour enfin, supprimer le mari gênant afin d’assouvir leurs folies.

Chapitre oppressant, que celui, de la découverte du corps du noyé dans la morgue ; avec des descriptions réalistes et macabres.

La morale sera-t-elle sauvée ? En effet, après la phase idyllique va apparaître celle de la haine indicible entre les deux amants pour se terminer par la mort de ceux-ci.

Roman naturaliste (ne rien cacher de la réalité) et noir, Zola désire satisfaire, ainsi, le goût du public, de l’époque…Notons que la trame et le thème de ce roman, existe malheureusement, toujours, de nos jours.

3 secondes — Roslund / Hellström

Merci aux éditions Fayard / Mazarine et à Lecteurs.com.

Un thriller suédois, 3 secondes, captivant dès la première page. Et pour moi, 3 lignes de résumé, non exhaustives, car il ne s’agit pas de spoiler le suspens d’un tel livre.

L’univers de la drogue, menace et fléau endémique du monde moderne, où l’on se doit d’enrayer son essor au sein de la société. Combattre le feu par le feu, c’est-à-dire, infiltrer les réseaux mafieux. Ici, en l’occurrence, la mafia polonaise qui souhaite étendre son influence, à l’instar de la rue, mais également conquérir les prisons suédoises.

Piet Hoffmann ancien délinquant et formé pour infiltrer la mafia, se voit attribuer cette mission. Ewert Grens, le vieux flic, asocial mais plein de morgue et de ténacité. Ainsi au fil du récit, leur destin va se s’entremêler ; avec pour objectif pour l’un, le démantèlement de la filière de la drogue, et pour l’autre : la quête de la vérité, de l’application stricto sensu de la Loi.

Nous découvrons les arcanes du système pénitentiaire, où règne, la violence à l’état brut, la drogue. Unique moyen, pour les détenus d’oublier cet univers d’enfermement, avec, donc, comme moyen d’évasion, le drogue. Ce qui explique la lutte, inexorable du « bien et du mal »…

Roslund et Hellström, nous livrent un univers noir, glaçant, avec son lot quotidien : de manipulation, de mensonge et d’ambiguïté. Le premier tome d’une trilogie haletante, avec le temps comme dénominateur commun.

Un hiver long et rude — Mary Lawson

Début des années 60, un village perdu dans le froid et la neige du Canada, et où vit la famille Cartwright. Une famille qui semble unit, grâce à l’omniprésence de Megan, la fille qui partage avec sa mère la tâche de s’occuper de la famille ; importante d’ailleurs, car hormis le père Edward, la mère Emily, Megan a 7 frères…

Au fil de l’avancée du roman, nous apprenons, qu’Emily, délaissée par le manque d’amour de son mari, se réfugie dans le fait d’être une parturiente perpétuelle afin d’avoir un bébé pour elle ; le dorloter avec dévouement jusqu’à son sevrage ; puis recommence à enfanter ! La conséquence de cette situation réside dans son abandon total et catégorique de s’occuper, à la fois, de l’ordre de son foyer mais également et surtout de ses autres enfants !

Megan ayant atteint ses 21 ans, décide, après beaucoup d’hésitations, de vivre enfin Sa vie, de connaître le monde. Elle part donc découvrir Londres ; avec beaucoup de difficultés dès son arrivée ; mais devant sa force de caractère, sa faculté à s’investir dans le travail, elle trouve enfin un poste à la mesure de ses capacités.

Jusqu’au moment…où…Tom, l’un de ses frères, l’appelle et lui demande de revenir gérer la cellule familiale, qui part à vau- l’eau…Va-t-elle céder à sa demande ?

Sans pathos, Mary Lawson, nous dresse, un fragment de vie d’une famille : qui se déchire, qui s’ignore, dont la lâcheté du père m’a révolté. Un père présent physiquement mais absent, une mère qui sombre dans la folie, des enfants livrés à eux-mêmes. Le vide, que dis-je, le néant dans la perception des sentiments ancestraux du noyau de la Famille.

Un voyage irréel dans une famille, où, le désespoir de la vie ne le cède qu’à l’égoïsme des adultes.